Le récit
Après ma réussite du mois de juin, j'avais effectué 50% du travail. Maintenant il me fallait revenir au globe, qui signifie le point le plus au Nord de l'Europe.
Comme je suis quelqu'un qui fait tout à fond, il me fallait revenir ici, connaitre les deux extrêmes de cette région du monde. Aurores boréales, nuits polaires, routes gelées, 2 à 3h de lumière maximum par jour. Voici les conditions que je vais affronter en ce mois de décembre 2022.
9 jours · 0°C : la température la plus élevée · -15°C : température minimale · 18053 souvenirs mémorables
Suis-je fou ? C'est pas le mot que j'utiliserais pour me définir. Curieux me semble plus approprié. Pour ce voyage, qui s'annonce extrême de part les conditions, je pars depuis Tromso. Ville Norvégienne, au dessus du cercle polaire arctique. 700km me séparent du Cap.
Pour me préparer au mieux, j'ai opté pour une petite préparation chez moi, dans les Alpes, au mois de novembre. Avec des sorties matinales (trop ?), vers 3/4h du matin afin d'avoir des conditions froides comme je pourrais retrouver en Norvège. Cela m'a permis de tester mon matériel ainsi qu'apprendre à réguler ma chaleur corporelle, clé du succès pour une expédition polaire. Cela peut paraitre contradictoire, mais moins on s'habille, moins on a froid. En effet, si je transpire, cette dernière gèle et donc me gèle la peau et la sensation de froid est bien présente. Si au contraire, je suis habillé juste suffisamment pour ne pas avoir froid mais ne pas transpirer, je suis dans une zone "relativement" confortable. Lors de ce voyage, j'ai eu plus froid quand il faisait 0°C que -15°C, simplement pour les raisons que je vous ai précédemment citées.
Ce fut une expérience incroyable. Les moments vécus sur le vélo sont décuplés, à cause ou grâce, que sais-je, aux conditions qui rendent mon quotidien ... pimenté.
Tel un équilibriste sur son fil, je suis sur mon vélo... sur le glace. La concentration est omniprésente, pour garder le cap ... Faire du vélo sur ce type de revêtement, n'est pas chose facile mais quand la nuit s'y mêle, c'est encore une autre histoire.
Le froid, la concentration ainsi que la gestion de ma chaleur corporelle font que je consomme beaucoup d'énergie, physique mais aussi mentale. Je n'ai pas le choix que d'essayer de faire corps avec les conditions. Ici, il ne faut pas lutter, mais faire avec, sinon c'est impossible.
Voici les mots que j'écrirais lors de mon arrivée :
La boucle est bouclée.
Je suis très content de vous annoncer que ce projet d'aller au Cap Nord lors des deux extrêmes de l'année, est une réussite.
Un an après l'avoir imaginé, c'est fait. De longs mois, à rêver, penser et s'entraîner pour en arriver à ce globe. ✔️
La montée était plus facile qu'en juin, aujourd'hui il n'y avait pas de vent. En juin, j'étais à califourchon, en train d'incliner mon vélo pour contrebalancer le vent.
Les descentes sont quand même là pour essayer de me barrer la route. Elles sont glacées, extrêmement glacées. Descendre une pente a 11%, tout en glace, ce n'est pas évident. Autant a plat, c'était assez facile, mais dans ces pourcentages, ce n'est pas la même limonade. Dans la montée, mon pneu arrière patine sur la glace aussi malgré les clous. J'essaie de rester relâcher ... 😵
Lorsque j'arrive il n'y a personne, c'est vraiment chouette. Mais le plus chouette,se cache dans mes rétroviseurs, au sud. Le lever/coucher de soleil est merveilleux. Je n'ai pas d'autres mots. Le ciel est déchaîné, en feu ! J'en profite des heures. 🔥
Pour en arriver là, ce n'est ni de la chance, ni du hasard. Je pourrais vous dire que ça a été dur, compliqué... Le travail de l'ombre, gna gna gna ... Des conneries. J'ai rêvé dans un premier temps mais j'ai surtout essayé. Il n'y a que ça. Essayer.
Quand j'ai pensé à ce projet, je n'avais aucune idée de si j'étais fou, si c'était réalisable et si c'était fait pour moi. ❓
Je n'appellerais pas ça de la démence, plutôt de l'originalité. Réalisable, ça l'est. Si c'est fait pour moi ... Je vous laisse vous faire votre opinion.
J'y ai mis tout mon cœur, comme souvent. De l'envie, aussi. Je me suis accroché. J'ai essayé. Et la finalité c'est l'accomplissement.
Ainsi vous trouverez ici mon bilan :
A l'image de mon aventure du mois de Juin, ce fut plus facile que les scénarios que j'en avais fait. Premièrement, les distances que je faisais chaque jour, étaient loin des standards estivaux. J'ai fait 90km par jour en moyenne, en juin j'en faisais 150 voire régulièrement 200, pendant 1 mois. Par conséquent, j'ai passé moins de temps sur la selle quotidiennement. La comparaison s'arrête là.
La réalité du terrain, c'est que quand je partais, il faisait nuit. Environ 1h. Le jour arrivait pendant 2h30 et repartait. Je continuais 1h30/2h voire plus de nuit. C'est assez démoralisant de pédaler plus de nuit que de "jour". 🙃
Deuxièmement, les pauses étaient courtes. Comme j'étais constamment dans des températures négatives, mon breuvage était des infusions, dans 2 thermos., mes collations, surtout à base de chocolat, gourmandise oblige. Qu'il fasse -5°C, -10°C ou -15°C, les pauses étaient express (2 minutes). Sinon, le froid te saisit et tu mets longtemps à te réchauffer. 🥶
Troisièmement, faire du vélo, sur de la glace: sur du plat, en montée ou en descente, ça demande beaucoup d'attention. Des heures durant. Il faut être alerte, pour compenser le moindre déséquilibre, parfois compenser le vent, choisir ou maintenir une trajectoire, pour ne pas finir au tapis. Ça demande beaucoup d'énergie, ce qui ne fait pas avancer la mobylette. Sans compter que malgré mes pneus cloutés, il m'arrive de patiner sur la glace. ⛸️
Et enfin, la thermorégulation. Que ça soit en ski, trail ou en ski de rando, ça n'a rien à voir avec du vélo. Clairement, sur un vélo c'est beaucoup plus compliqué. Ça m'a demandé beaucoup d'énergie car c'est quasiment un combat de chaque instant. Il y a plusieurs paramètres. Je l'ai déjà dit, mais il faut à tout prix ne pas transpirer car c'est comme ça que vous gelez. Il faut trouver l'équilibre entre l'intensité de l'effort, qui génère de la chaleur, et les couches qui vous tiennent au chaud. 👕
Vaut-il mieux enlever une couche ? Ralentir l'allure ? Ouvrir une fermeture éclair peut-être ? La capuche, avec ou sans ? Les gants oui ou non ? Tous ces paramètres peuvent se combiner ...
Pour info, de toute l'énergie produite par le corps, 30% sont restituées sur les pédales. Les autres 70% génèrent de la chaleur.
C'est un combat de tous les instants, sachant que les températures évoluent aussi. Je peux passer de -4 à -10 en quelques km. Avec l'expérience, c'était plus simple à la fin, mais dans l'idée, il ne faut pas avoir peur de se dépoiler. C'est très contradictoire mais véridique. Je n'ai jamais eu froid à -10 et -15 alors que j'y ai passé des heures. J'y étais même très à l'aise. Par contre j'ai eu très froid à -3. Simplement car j'étais trop habillé. Pour info à -15 j'avais : 1 t-shirt manche longue, un pull, une veste hardshell et des sous-gants. A -8, j'étais pareil, mais sans les sous-gants et sans capuche. A -3 j'étais en t-shirt, veste hardshell. C'est peu mais c'est ce qu'il faut. ✔️ Prenez tous ces paramètres, additionnez-les et ajoutez y, que mes nuits étaient aussi fraîches. Mon corps utilisait beaucoup d'énergie. Je pense avoir perdu du poids, alors que je mangeais comme un ours. En gros 2x plus que la norme. 🐻🐻🐻
Pour conclure, c'était plus facile qu'imaginé. Je n'ai pas eu (trop) à piocher dans mes ressources mentales. Physiquement, ça va. J'observe une période sans sport, pour récupérer.
Ce que je retiendrais, c'est qu'encore une fois, la Norvège ne m'a pas déçu. Même si à 13h30 il faisait nuit noire, j'ai pu assister au spectacle de la nature. Des levers de soleil qui se transforment en coucher, sans avoir vu le moindre rayon du soleil, puisqu'il ne passe jamais au-dessus de l'horizon. Mais aussi des élans, en passant par les aigles marins ainsi que des baleines ... Les aurores boréales quasi quotidiennement. C'était grandiose. J'ai pris beaucoup de plaisir, chaque jour, sur mon vélo, sans moments de réelles difficultés. Par 35°C ou -15°C, sur la route ou les chemins, qu'il pleuve ou qu'il neige, le vélo c'est mon moyen d'expression.
La journée que je redoutais le plus, celle qui était la plus difficile voire dangereuse sur le papier, s'est muée en l'une de mes plus belles journées sur un vélo, dans des paysages arctiques de folie, intégralement blancs et givrés. C'était inoubliable malgré l'exigence des conditions.😊
Je crois, c'est sûr même, que je me plais dans la difficulté, loin du confort et des certitudes. N'est-ce pas l'essence même de l'aventure ? 🧭
Le carnet de route
Écrit au fil du voyage sur Polarsteps.
Tromsø
Départ
Storfjord
Réveil au frais. J'ai déjà froid dès que je sors de mon duvet. Le mieux ça reste le moment d'aller ch*er dans la nature quand il fait -8°C. Je pinaille, je pars. Vers 10h30. Il commence à faire jour, mais j'avais besoin de dormir après le voyage.
Je pars, je n'ai pas d'idées en tête, juste faire cette première journée. Pour cette aventure, j'ai 0 objectif de distance par jour. Survivre au froid sera déjà bien assez prenant. Désolé, pour les énerver de la borne, en hiver c'est pas la même salade. 🥗
Je roule, les clous de mes pneus rythme chaque tour de roues avec un bruit bien particulier. Les voitures, ou camions, c'est pareil. Ici, le pneu clous, c'est la norme. Désolé, mais moi, j'ai la plus petite dans le lot ... La clé pour bien géré le froid à vélo, c'est d'être bien équipé, mais pas sur-équiper. Il faut trouver le compromis entre ne pas avoir froid et ne pas transpirer. Si j'appuie trop sur les pédales, je transpire et directe, c'est la correction, j'ai froid. Par contre si j'ai un rythme d'escargot et que je ne m'arrête pas, je n'ai pas froid. La limite à trouver est fine. Ouvrir une fermeture, poser les gants, ralentir, accélérer... Autant de facteurs qui thermo-regulent. "Appuie autant que t'es con" n'est pas très adapté. Par contre, dans mon cas, plus tu lèves le pied, plus t'es intelligent. 🧠
Arrive assez rapidement la nuit, 14h. Nuit noire. Je décide d'avancer jusqu'à 15h30/16h. Je finis juste par avoir froid aux pieds. -7°C de moyenne, -10°C au plus bas, 85km, ce fut une première journée concluante. Je suis dans le vrai, ça se passe bien et surtout sans surprise.
Il fait froid, je fais du vélo, les paysages sont magnifiques, je fais ce que j'aime. La normalité en fait, non ? 🤔
Olderdalen
Sur le départ, tout de suite, ça se confirme, il fait vraiment bon. Je dirais -2°C. Quoi ? C'est vachement bon par rapport à -8°C non ? Rapidement je comprends que je suis trop habillé, que je vais transpirer et avoir froid. Mais comme je n'en suis pas sur et que j'ai la flemme de m'arrêter poser ma veste, je continue. J'ajouterais, qu'en plus il y a des bonnes rafales 40 km/h de vent, je suis content d'avoir un vélo lourd, qui ne bouge pas trop sous l'effet du vent. Bref, avec le vent j'étais pas sûr qu'enlever ma veste soit une bonne chose. Mais bordel, il fait -2 et j'ai plus froid qu'hier. Alors je m'arrête enfin l'enlever ainsi que mon bonnet. À partir de là, je re vie. Je n'ai pas froid et surtout, je suis confortable. Libération.
Il y a quelques tunnels sur ma route ... Qui me sont interdit d'accès sous prétexte que je suis un vélo. Je me dois de prendre des routes annexes. J'appellerai ça des patinoires annexes. Clairement, le bitume est nickel, je le vois très bien ... En dessous des 3 cm de glace vive et transparente qui le recouvre. Comme la luminosité n'es pas très clair, j'ai du mal à différencier les quelques passages qui sont vraiment du bitume (sans glace quoi). Donc je roule de la même manière sur les deux surfaces. Étonnamment je suis serein. Sur la glace, le vélo c'est comme le derby en ski. Faut tirer droit et surtout pas freiner. Ça j'y arrive à ski, alors sur un vélo à 20km/h, je devrais bien y arriver aussi ?
Pas la journée la plus facile, il a fallu utiliser quelques ressources mentales mais je fais du vélo dans un putain de décor. C'est incroyablement beau. Encore une fois, l'aventure est magique.🔥
J'apprends à gérer le froid, rouler sur la glace et majoritairement sur la neige. Ce n'est pas très compliqué mais sur la longue, ça demande beaucoup d'énergie physique car le rendement des pneus est moins bon. Et de l'énergie mentale, les sens sont en éveil, pour éviter la chute ... Car il y a quand même des camions qui partagent la route avec moi ... je boucle la journée à 85km
Kvænangen
: le premier mot qui me vient pour décrire ma journée : compliqué. 😵
Vous l'aurez vu, a mon manque d'activité Instagram, l'énergie était précieusement investi sur le vélo ...
Il a fallu s'employer un peu aujourd'hui. Y a deux choses, aller 3 positives : j'ai bien avancé malgré tout, je suis parti tôt et la dernière, c'était encore magnifique.
Je pars avec mes chaussures mouillées à l'intérieur, dû à la condensation. Je n'ai pas pu les faire sécher correctement cette nuit ... Je vais le payer très cher.
Il ne fait pas froid. -1/-3 °C, sur ce coup je suis chanceux. Il y a quand même des jolies bulles de froid qui font chuter le thermomètre à certains endroits (-8°C).
Donc je décide de me depoiler. Je suis en petit collant sur les membres inférieurs, 3 couches pour le haut. C'est pas mal, ça me permet de pouvoir appuyer un peu plus sur les pédales sans trop transpirer. Rapidement je perds mes pieds. Je mets mes semelles chauffantes. C'est agréable mais la batterie fou le camp rapidement. À partir de là, c'est le début de l'enfer. L'enfer gelé.
J'ai passé 3/4h sans sentir la moindre sensation aux pieds. Je descends du vélo, je vois mes pieds, tant mieux, car sinon je pourrais penser qu'ils ont disparu. Quand je remonte sur mon vélo, j'arrive pas à savoir si mes pédales automatiques sont clipsées. 4h, c'est long dans cet état ... Sans compter qu'à 13h, il fait nuit.
Arrive un bon pétard (400m D+), en France, j'aurais l'impression d'être a 2500m, un jour de tempête. Ici je sais à 400m d'altitude. J'ai fait la montée à bloc, pour voir si mes pieds reviennent. Échec. Je me retrouve la veste ouverte avec juste un t-shirt. Je suis loin d'avoir froid, j'ai chaud même. Sauf aux pieds. Il ne faudrait pas que ça dure plus longtemps cette histoire ...
Heureusement el padre, traîne dans le secteur, je me jette dans le véhicule, les pieds collés au chauffage. Ça met bien 20 minutes avant d'avoir la moindre sensation. Je décide de repartir pour 20 bornes. Elles passeront toutes seules.
Je termine à 101km. Avec du deniv. Satisfait. Rincé aussi. Les aurores boréales accompagnent la soirée. La vie est belle, je vous embrasse 😘
Alta
Quelle journée !! J'en ai pris plein les mirettes. Pourtant ce matin, mon duvet avait l'idée de me séquestrer. J'ai réussi à lui échapper après un rude combat. ⚔️
Une fois partie, j'ai pu admirer des paysages de dingues toute la journée. En 1h, j'ai fait que ... 7km. Photo 1. 🐌
Déjà parce qu'il y avait un nouveau col à franchir, mais surtout parce que je me stationne sur le bord pour faire le touriste et prendre des photos.
Après le col, une longue descente, bien fraîche, avec au pied -10. En parlant de pieds, j'y suis à mon aise, les chaussures sont sèches, j'ai donc les pieds au tiède.
Dans cette descente (vidéo 2), vous y verrez un levé et un couché de soleil, en même temps... C'est fou. Pour mon moral je dirais que c'est un lever. Les jours sont vraiment très très courts. Bref, vraiment à -10/-9°C, je suis très à l'aise. J'admire le paysage quand soudain, je tire un câble, pour casser mon élan ... Car il y a un animal du même nom sous mes yeux. Dans quelques jours, ça sera le tour des reines. 👸
Je longe les fjords, la vue est sublime. Ça grimpe quand même. Les Norvégiens ne savent pas faire de routes plates. Le ciel est en feu de toute part. Ajoutez-y des aigles marins ... Je m'arrête un nombre incalculable de fois pour savourer. À la base j'avais prévu de faire 120km jusqu'à Alta. Je n'en ai fait que 75 et c'était une très bonne idée, j'ai pu admirer le spectacle. Journée classée top 5 des plus belles passée sur un vélo. 🎖️
Demain, direction Alta que je visiterais (en juin, j'y étais passé à 22h le soir, pour y repartir à 6h30...). À partir de là, je Suis en terrain conquis. La route je la connais. Le gros morceau du périple arrive. 🥶
J'espère vous transmettre au mieux ce que je fou ici. Si ça vous plaît, hésitez pas à partager ... Arvi' !! 🙋♂️
Alta
Petite journée, grand sourire. Non pas que les petites journées me fassent sourire, mais plutôt ce que j'y ai vu. Depuis le début, j'ai l'impression que plus je pédale, plus je vois des choses fabuleuses. Comme si j'étais récompensé pour les efforts que je fais sur le vélo. Je me fais la peau sur le vélo, j'y mets du coeur, comme toujours et la nature me le rends bien... En cette année 2022, ça n'a pas toujours été le cas. 🌧️
En partant, mon vélo est recouvert de givre. J'essuie ma selle pour ne pas avoir mon petit cul trempé. Je mets les voiles, direction Alta. C'est à 35km. Une broutille en soi mais bien content que ça ne soit pas plus loin, il y avait déjà tellement de choses à voir.
Vous l'aurez sûrement vu en Story mais à 10h du matin, j'ai encore le droit à un formidable lever/coucher de soleil qui dure jusqu'à la nuit. Comme si le soleil était indécis, entre se lever ou rester couché. Ici il fait les deux a moiter et en même temps. Des fois j'aimerais bien être un soleil. C'est un spectacle fabuleux que je n'avais jamais vu avant. Ça dure des heures.
Je prends des routes secondaires pour éviter les tunnels. Ces routes sont à la fois magnifiques, car je suis solo, mais exigeantes. 🧊⛸️ Le revêtement, c'est uniquement de la glace. J'ai assez confiance en mon bike et mes pneus mais quand même, faut rester concentré, ce n'est pas le moment de se tarter surtout que je n'utilise pas trop les freins (un choix de vie 😂).
J'arrive à Alta, direction le musée. J'y apprends l'histoire de la ville et de la population locale, les Samis. Ces indigènes du grand nord, entre Norvège, Suède, la Finlande et la Russie. Les problèmes liés a la sur-pêche dans les fjords aussi. L'art rupestre, datant de -4000, découvert ici, en 1973. Je me demandais bien ce qu'ils faisaient ici a cette époque, du vélo ???? Admiraient-ils autant que moi les paysages ? Le ciel en feu qui contraste avec les températures ? 🤔
Comme quoi, même en faisant des trucs à la con, on peut s'instruire un peu, beaucoup, passionnément....... Sur un vélo, ou dans un musée.
Ce soir, je suis au chaud, au camping. Demain, c'est la partie redoutée. Cet été, j'en avais chié, c'était le désert. C'était la journée la plus difficile. Il n'y a rien. Ce sont 90km d'une traite, sans croiser un point chaud ou s'arrêter. La semaine dernière, il faisait -20. Toute la malchance météorologique que j'ai eu cette année, commence à tourner (Ça serait temps). Il semblerait que j'aie un créneau de beau et chaud ! -8°C/-9°C. Je le prends avec plaisir. D'ici là, direction le restau ✌️
Porsanger
Départ 8h15. Depuis que je suis passé par là en juin, j'ai de suite compris que ça allait être un gros morceau. Pour dire vrai c'était la seule étape que j'appréhendais. Mon cerveau s'y prépare depuis longtemps. Lorsque j'ai contacté des gars qui avaient déjà fait cet itinéraire en hiver, ils n'avaient fait qu'empirer mon appréhension. 🤯
Ce matin lors de mon départ, je m'apprête à vivre une longue journée, à partir au combat contre les éléments et contre moi-même dans cette zone arctique. Il n'en fut rien de cela. J'ai sûrement vécu ma plus belle journée de vélo. 🤩
En juin, ça faisait 4 semaines que j'étais sur la route, j'empilais les journées a 200 bornes. Aujourd'hui, les montées passent toutes seules. Je pense que j'étais trop prêt et que du coup ça m'a parut facile. ✌️
Mon corps s'habitue, mes sens me donnent les bonnes infos. Par rapport aux premiers jours, je gère mieux ma thermorégulation. Ça peut vous paraître fou, mais à -10/12°C, j'étais très confortable. Aucune sensation de froid. Parfois mieux qu'à -2/-3 où je roule presque en pull/t-shirt. 🤘
Les paysages sont grandioses, j'ai de la chance, les conditions sont clémentes même si je prends un peu le vent, ce qui amplifie le froid. Il est assez facile d'imaginer le chaos qui peut régner ici, les jours de tempêtes. C'est désertique, blanc et froid, l'entrée dans la zone arctique, indéniablement. 🧊
C'est assez difficile d'expliquer ce que j'y ai ressenti aujourd'hui, probablement parce qu'il faut le vivre plutôt que l'expliquer. J'ai appuyé sur les pédales, sans sentir la fatigue, nourris par cette ambiance. Le cœur réchauffé par les paysages, même mes orteils ne sentent pas le frais des -13°C. 🔥
Quand j'ai commencé le vélo il y a 2 an et 1/2, j'étais loin de savoir jusqu'où ça allait m'amener, ce que j'allais voir et apprendre... La seule difficulté, et non pas des moindres, c'est l'état de la route. De la glace pendant 100km. Des rayures de glaces visibles sur les photos me donnent la sensation d'être des rails pour mon vélo ... Ça fait comme un guide. Mais pas forcément le guide que j'aimerais. Alors quand je veux changer de trajectoire, même quelques cm, j'ai l'impression que je vais dérailler. Ce n'est vraiment pas agréable, encore moins a 40km/h dans une descente. Plusieurs fois j'ai cru tomber, me forçant à garder mes gants au cas où. Tant mieux pour mon corps, j'ai tenu bon et debout mais clairement il fallait être réveillé et concentré. Encore plus quand la nuit est tombée. Demain direction Honningsvag. 🚲
Honningsvåg
En me levant, j'ai une petite odeur de fin d'aventure. Comme depuis le début, chaque coup de pédales me rapproche de la fin, mais là c'est imminent. Aujourd'hui était ma dernière longue journée de vélo. Quasi 100km entre Olderfjord et Honningsvag qui se situe a 30km du Cap Nord. J'aurai pu faire les 30 kms dans la foulée, mais à quoi bon ? Pour y voir de la nuit ... Autant attendre demain. 🌌
Cette partie effectuée aujourd'hui, je m'en rappelle très bien, comme certains endroits où j'ai déjà pris des photos. J'essaie de me mettre à ce que j'imagine l'endroit le plus proche de là où j'avais pris la photo en juin. Je comparerai en rentrant, c'est marrant. Je me rappelle de certains endroits où j'y ai marqué mon territoire aussi. Sans preuves photographiques. 🧠
Hormis cela, rien n'est similaire à ce que j'ai vécu en juin. Aujourd'hui, beaucoup de choses en moins. À commencer par le vent, les camping-cars (0 aujourd'hui, des centaines en juin), les voitures (j'en croiserais à peine une dizaine sur la journée), des cyclistes (0) et des reines (0). 🦌
Clairement j'ai trop chaud. Me voilà en t-shirt/petite veste, collant et c'est tout. C'est déjà bien assez pour avoir une dégaine d'extraterrestre (plus que ce que je le suis), collant moulant + bottes = classe assurée. A ne pas reproduire chez vous. 🕺
Dès mon arrivée à Honningsvag, je file prendre une photo symbolique pour moi. Le Tipi, ou j'y avais rencontré des gens formidables avec qui j'ai fait la quasi-totalité de mon retour jusqu'en France au mois de juin. J'en profite pour leur glisser un petit mot par message. 🏚️
À l'image des autres copains d'aventure cyclistes, le tipi n'est plus là. Sûrement parce que c'est pas la bonne période pour mais bon merde j'aurais bien aimé croiser des futurs ami(e)s. 🧐
Demain, il sera l'heure de partir clôturer ce projet Cap Nord², un an après l'avoir imaginé. C'est aussi mon dernier objectif sportif de 2022. 🔥
Profiter de ces derniers km d'aventure avant le retour a la "normale". Profitez des paysages, de l'ambiance. Profitez de tout, tout simplement. 💪
Nordkapp
La boucle est bouclée. Je suis très content de vous annoncer que ce projet d'aller au Cap Nord lors des deux extrêmes de l'année, est une réussite.
Un an après l'avoir imaginé, c'est fait. De longs mois, à rêver, penser et s'entraîner pour en arriver à ce globe. ✔️
La montée était plus facile qu'en juin, aujourd'hui il n'y avait pas de vent. En juin, j'étais à califourchon, en train d'incliner mon vélo pour contrebalancer le vent. Les descentes sont quand même là pour essayer de me barrer la route. Elles sont glacées, extrêmement glacées. Descendre une pente a 11%, tout en glace, ce n'est pas évident. Autant a plat, c'était assez facile, mais dans ces pourcentages, ce n'est pas la même limonade. Dans la montée, mon pneu arrière patine sur la glace aussi malgré les clous. J'essaie de rester relâcher ... 😵
Lorsque j'arrive il n'y a personne, c'est vraiment chouette. Mais le plus chouette,se cache dans mes rétroviseurs, au sud. Le levé/coucher de soleil est merveilleux. Je n'ai pas d'autres mots. Le ciel est déchaîné, en feu ! J'en profite des heures. 🔥
Pour en arriver là, ce n'est ni de la chance, ni du hasard. Je pourrais vous dire que ça a été dure, compliqué... Le travail de l'ombre, gna gna gna ... Des conneries. J'ai rêvé dans un premier temps mais j'ai surtout essayé. Il n'y a que ça. Essayer.
Quand j'ai pensé à ce projet, je n'avais aucune idée de si j'étais fou, si c'était réalisable et si c'était fait pour moi. ❓
Je n'appellerais pas de ça de la démence, plutôt de l'originalité. Réalisable, ça l'est. Si c'est fait pour moi ... Je vous laisse vous faire votre opinion. J'y ai mis tout mon cœur, comme souvent. De l'envie, aussi. Je me suis accroché. J'ai essayé. Et la finalité c'est l'accomplissement.
Un post est beaucoup trop court pour décrire tout cela. Je tiens aussi à remercier, ceux qui m'ont envoyé un petit mot, ceux qui me suivent avec assiduité, ceux qui sont de passage, les silencieux qui lisent simplement mes bêtises. Grâce à vous, c'était encore plus beau. Merci à @nini.adventure, de m'avoir accompagné, sans toi Adrien, ça aurait été plus compliqué.
Merci 💙
Retour France mercredi, sortez les bieres et le saucisson, j'arrive. 😘
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